Mardi 16 septembre 2008
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Le scandale du lait frelaté contenant de la mélamine en Chine montre bien les limites de la traçabilité telle qu'elle est trop souvent encore mise en oeuvre. En l'occurence la difficulté est d'identifier et suivre un ingrédient indésirable (et indésiré) dans un produit.

Il s'agit avant tout d'une affaire de qualité et de contrôle des processus industriels. Malgré tout la traçabilité joue un rôle essentiel en permettant de circonscrire l'incident.

Se limiter au seul suivi des matières entrantes et des lots sortant est clairement insuffisant pour faire face à un tel problème. En effet, dans la mesure où cet ingrédient, la mélamine, a été introduit de manière frauduleuse dans le processus, il ne peut être tracé en entrée...  Or le suivi des matières entrantes est trop souvent le seul point d'entrée de la plupart des dispositifs de traçabilité (même dans la plupart des pays occidentaux) ! 

La seule solution pour maîtriser le problème et éviter d'alerter inutilement beaucoup de personnes non concernées, est d'avoir une traçabilité complète qui articule :

- Une approche globale des processus industriels et logistiques. C'est-à-dire une traçabilité qui s'intéresse non seulement aux matières, mais également aux opérations dans leur globalité :  machines, opérateurs, équipements, conditions de réalisation...  Tracer les acteurs permet d'identifier qui a été en contact avec le produit, à quel moment et, par voie de conséquence, quels sont les impacts (lots de produits finis ou intermédiaires concernés).

- L'intégration complète et efficace à la traçabilité des opérations / flux du dossier de lot. Ce dossier regroupe toutes les données relatives aux lots de production (intermédiaire ou finale). En compillant notamment les résultats des analyses effectuées, il permet de localiser plus précisément les conséquences d'un problème

Pour cela il faut avoir pensé la traçabilité par rapport à l'activité en tant que telle, en s'intéressant à ses clients, ses matières premières, aux failles possibles qu'il faudra traiter... Pas, comme beaucoup d'industriels le font, en apportant une réponse ponctuelle à la demande d'un client ou en se contentant d'une 'interprétation minimaliste de la réglementation (comme le réglement européen 178 2002 CE pour la France).

Certes cela ne remplace pas une sécurité efficace autour des processus productifs et une démarche qualité fiable, mais cela aide à identifier plus précisément les lots concernés pour répondre avec fiabilité aux consommateurs inquiets. On évite ainsi d'avoir à traiter un incident sans en connaître la réelle ampleur (les chiffres lancés en l'occurence montrent la complète absence de visibilité sur ce qu'il est advenu des lots contaminés).

Et c'est bien là le rôle de la traçabilité : elle ne garantit pas que les remparts de la qualité ne vacilleront pas... Elle permet de traiter les conséquences le cas échéant ! C'est l'absence de traçabilité qui conduit la Chine à effectuer des alertes larges, à inquièter des personnes qui n'auraient pas du être inquiétées car n'étant pas concernées...

Le dispositif de traçabilité mis en oeuvre par les industriels, et par extension par tous les acteurs des chaînes industrielles et logistiques) est garant de la santé publique et de l'opinion publique. Mettre en oeuvre des basiques tels que la traçabilité des matières entrantes / sortantes (au travers d'outils tels que l'avis d'expédition électronique ou l'étiquette logistique GS1) sont des prémices. Ils ne suffisent pas. Dommage qu'il faille des incidents d'une telle ampleur pour rapeller aux consommateurs que tous les industriels ne sont pas égaux dans leur capacité à affronter un incident sanitaire !
Par Eric Wanscoor - Fluenxi - Publié dans : Traçabilité
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